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Lyon : la situation dramatique des réfugiés de la Place Carnot

mercredi 29 octobre 2003, par La Gryffe

Etat des lieux : Depuis le début de l’été, des familles, des couples, des célibataires "vivent" sur la place Carnot. Ils viennent du Kosovo, de la Tchétchènie, de la Bosnie, d’Angola où ils sont menacés et demandent protection à l’état français.

Ces personnes ont toutes été admises sur le territoire national par la préfecture du Rhône en tant que " demandeurs d’asile ". Et c’est à ce titre que la loi prévoit de les héberger et de les nourrir le temps de traiter leur demande d’asile puisqu’elle n’ont pas le droit de travailler. Or, malgré ce droit à un logement, à s’alimenter et à se soigner, ces réfugiés dorment dehors depuis plusieurs semaines, ont droit à un ou deux repas par jour, d’autres n’ont droit à aucun repas. Ils doivent donc se débrouiller place Carnot, jour et nuit. S’ils stationnent sur cette place, c’est pour garder leur rang dans la "file d’attente" du dispositif chargé d’instruire leur dossier de demandeur d’asile et de leur proposer un hébergement.

Depuis le 10 octobre, nous, habitants du quartier et passants, nous sommes allés à la rencontre de ces personnes demandeuses d’asile dont les droits essentiels ne sont pas garantis pour réfléchir à la forme du soutien que nous pourrions leur apporter. Nous refusons l’indifférence et le rejet qui semble gagner aussi bien les institutionnels que les particuliers.

Premier rendez-vous avec le maire d’arrondissement : Le 17 octobre, nous avons formulé trois demandes concrètes pour le quotidien de ces personnes. D’abord, il s’agissait de prendre en charge les nuits d’hôtel des trente personnes restant à loger jusqu’à l’activation du "Plan Froid" vers le 15 novembre. Ensuite, pour les repas, leur procurer des autorisations d’accès aux restaurants municipaux sur la même période. Enfin, une distribution de "tickets service" pour l’aide à la vie quotidienne afin d’acheter notamment les couches ou des collations. Denis BROLIQUIER, qui nous recevait avec son adjointe chargée de la solidarité Dominique DUMONT ont alors pris note de cette démarche.

Nous demandions à Denis BROLIQUIER de s’engager afin de mettre en oeuvre des solutions matérielles immédiates pour ces personnes, quitte à se retourner par la suite vers les décideurs compétents pour boucler son budget. L’important était de réagir concrètement et rapidement pour celles et ceux directement concernées par cette situation : les personnes demandeuses d’asile.

Deuxième rendez-vous : Le 27 octobre, il nous recevait à nouveau pour nous faire part des démarches qu’il avait entreprises : lettre envoyée le 20 octobre à Martine ROURE, relayant nos demandes, restée sans réponse depuis. Par ailleurs, il nous a fait savoir qu’il ne disposait pas d’un budget suffisant pour financer des nuits d’hôtel et que seule la mairie centrale (Martine ROURE) pouvait prendre une telle décision. De même, pour les accès aux restaurants municipaux et les tickets services, la mairie du 2e arrondissement ne peut rien faire. Dans la soirée, nous apprendrons que Martine ROURE a répondu dans ces termes : "la ville n’a pas la capacité d’accueillir ces réfugiés". une agglomération de plus de un million d’habitants ne peut pas aider trente personne qui réclame seulement leurs droits. La mairie centrale ne veut rien faire. Nous avancions toujours le nombre de trente personnes en situation régulière, obligées de dormir dans le froid sur la place Carnot (depuis ce week end, une personne est déjà morte de froid en dormant dehors : combien en faudra-t-il ?).

Nous avons également suggéré au maire de prendre contact avec la secrétaire d’état Dominique VERSINI, qui a déclaré qu’elle n’accepterait désormais plus que quiconque dorme dehors par ce froid.

Enfin, le maire nous a assuré qu’il allait essayer d’obtenir l’autorisation de mettre à disposition des équipements municipaux chauffés pour ces personnes et qu’il nous tiendrait au courant. Nous attendons donc toujours.

Et après ? Nous avons tenté d’interpeller les décideurs par les "voies normales", sans succès. Nous essayons à présent de mobiliser l’opinion devant ce qui est un refus caractérisé de l’accès au droit : droit à être logé, à pouvoir se nourrir, le tout dans des conditions décentes. Nous déplorons de n’entendre que "ce n’est pas de ma responsabilité".

Pendant ce temps là, des femmes, des hommes et des enfants ont froid et ont faim place Carnot.

Des habitants du 2e arrondissement de Lyon, des passants, bref, des gens qui se sentent concernés.
Collectif de soutien aux réfugiés de la Place Carnot Contact : clement.pluchery@laposte.net

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